lundi 24 août 2026

La trilogie de la bibliothèque - Tome 3

J'avais déjà fait un article après avoir lu les deux premiers tomes, partant du principe que le troisième ne changerait pas grand chose à mon avis global et qu'il n'y aurait pas besoin d'en parler spécifiquement une fois que je l'aurais lu. Bon... On va quand même en parler, finalement.

«Le livre qui détenait son cœur» est donc le troisième et dernier tome de la saga. Avant toute chose, je vous invite à lire ma critique des deux premiers tomes si ce n'est déjà fait parce que je vais partir du principe que vous l'avez lue.

Contrairement à d'habitude je ne vais pas vous faire de résumé de l'histoire, non pas pour éviter les spoilers mais plutôt parce que... il n'y a rien à résumer, en fait. C'est le premier gros reproche que je vais faire à ce troisième tome : il ne raconte absolument rien !

Qu'on se comprenne, il se passe des choses, hein. Les personnages vivent des péripéties (ou plutôt les subissent), mais ça ne sert jamais à faire progresser l'histoire globale. On apprend rien de neuf, et ça ne leur permet pratiquement jamais de se rapprocher de leur objectif. Les péripéties s'enchaînent de façon aléatoire et les personnages se contentent de les surmonter avant d'être catapultés vers la prochaine qui n'aura aucun rapport avec la précédente. C'est pas un récit ça, c'est une succession de scènes indépendantes collées ensemble.

Et quand je dis «aléatoire», c'est pas une exagération. Dans ma première critique j'avais déjà reproché à l'auteur de se reposer un peu trop sur les fameux TGCM («Ta gueule c'est magique»), ou plus exactement sa variante locale : le TGCB («Ta gueule c'est la bibliothèque»). Hé ben tout ce troisième tome ne repose que sur cette corde scénaristique bien dégueulasse. Les personnages sont téléportés quelque part (et à une période quelconque), il se passe un truc, puis ils sont téléportés ailleurs où il va se passer un autre truc. Aucune transition entre les deux, l'auteur semble avoir pondu les scènes les unes après les autres comme ça lui venait sans trop réfléchir à une cohérence globale. Franchement, j'ai terminé le bouquin hier soir et pourtant je serais bien incapable de vous restituer une vague chronologie des événements de ce troisième tome tellement c'était foutu en vrac. Je suis sûr que j'ai déjà oublié la moitié de ce qu'il s'y passe, d'ailleurs, et franchement c'est pas bien grave puisque, comme j'ai dit, ça ne fait jamais rien avancer au niveau de l'histoire. On pourrait virer l'intégralité du bouquin à l'exception des 2 derniers chapitres qu'on collerait à la fin du tome 2, ça reviendrai au même. Et en plus de ne rien apporter au récit, ces péripéties sortent vraiment de nul part. Genre à un moment on découvre qu'un personnage est devenu un genre d'élu de la bibliothèque, avec des pouvoirs magiques et tout. Ça sort de nul part, c'est posé là, et en plus ça ne sert à rien au final.

Un autre reproche que j'avais fait aux deux premiers tomes était que l'enjeu principal, à savoir le devenir de la bibliothèque, ne semblait jamais central au récit. Ben c'est toujours pas le cas. La vaste majorité des personnages n'en ont rien à foutre de l'avenir de la bibliothèque, ils veulent juste survivre à ce qui leur tombe sur le coin du nez. Et pour certains de ceux qui y attachent de l'importance je ne comprends même pas en quoi c'est leur problème. Et quand bien même, au final cette question n'a aucune importance et aucun rapport avec tout ce qu'il se passe à part dans les toutes dernières pages. Ce qui était censé être l'enjeu principal s'est finalement révélé être une quête secondaire tout au long de la trilogie.

Autre problème, trop de personnages. Le premier tome avait le bon goût de se concentrer sur Livira et Evar, le tome 2 était un poil plus dilué mais ça allait encore, mais là les personnages se font balader par petits groupes dans tous les sens. On a donc plein de personnages (auxquels on est pas franchement attachés pour la plupart étant donné leur importance moindre dans les tomes précédents) qui sont téléportés d'une scène aléatoire sortie du cul de l'auteur à une autre sans aucun lien évident, qui ne font que subir ce qui leur arrive, ne poursuivent aucun véritable objectif (ou, plus exactement, rien de ce qu'ils font n'aide jamais à s'en rapprocher), tout ça pour atteindre un but qui a toujours semblé très secondaire tout au long du récit. Pardonnez-moi si je ne me suis pas spécialement senti investi.

Vraiment, d'un point de vue narration, ce bouquin est une catastrophe. Est-ce que c'était déjà le cas dans les deux livres précédents et je ne m'en étais juste pas rendu compte ? Je ne sais pas. Je ne crois pas, en tous cas pas pour le tome 1 qui avait une véritable progression. J'ai un peu plus de mal à l'affirmer pour le tome 2, mais au moins il arrivait à donner l'illusion d'aller quelque part. Là, je crois que même l'auteur ne savait pas où il allait en écrivant ça. Et ce qui aidait à faire passer la pilule dans les deux premiers bouquins était l'univers intéressant, notamment grâce à la fameuse bibliothèque. Hé ben vous savez quoi ? Même ça, ça n'y est pas ! La quasi totalité du tome 3 se passe en dehors de la bibliothèque qui donne son nom à la saga. Ce tome 3 exacerbe tous les défauts des deux premiers tout en retirant ce qui faisait leur intérêt, c'est quand même fort.

Et pour mon dernier reproche, là je vais faire un spoiler. Un spoiler qui concerne littéralement le premier chapitre du livre, mais bon vu que c'est le tome 3 spoiler quand même, donc si vous ne voulez pas savoir sautez le prochain paragraphe.

Les nazis ! Les putains de bordel de merde de nazis ! Tu es sérieux, l'auteur ? Tu fous des putains de nazis dans mon récit de fantaisie ? Parce que oui, le tome 3 s'ouvre avec deux personnages qui se retrouvent en Allemagne avant la 2nde guerre mondiale, et bien sûr qu'ils arrivent chez une juive persécutée par le régime. Alors monsieur l'auteur de fantaisie, laissez-moi vous dire un truc : quand je lis de la fantaisie, c'est pas pour qu'on me rappelle les connards de la vraie vie. Pour ça, il me suffit de regarder de riches trous du cul faire des «salut romain» ou de penser au nombre croissant d'imbéciles qui se disent encore que c'est une bonne idée de voter extrême droite de nos jours. Alors si on pouvait garder les cons véritables en dehors des œuvres de fictions j'apprécierais beaucoup, merci bien. Certes il fait un petit commentaire anti-fasciste en passant (c'est bien la moindre des choses, j'ai envie de dire), mais y'avait moyen de faire ça avec des fascistes imaginaires, non ?

Vous l'aurez peut-être subtilement compris, mais je suis très en colère contre ce dernier tome. Trop de personnages dispersés dans des situations aléatoires qui ne font jamais progresser le récit, un enjeu dont à peu près tout le monde se fout (le lecteur comme les personnages), un enchaînement de scènes sorties de nul part qui ne tiennent ensemble que par la magie du «j'en ai rien à foutre je fais ce que je veux» et une conclusion d'une mollesse absolue et franchement pas satisfaisante (mais est-ce qu'elle pouvait l'être alors que tout le monde s'en tape ?). J'avais dit que la trilogie de la bibliothèque était ma saga préférée de Mark Lawrence, ce tome 3 a réussi à me faire changer d'avis dès les premières pages. Franchement, si vous avez aimé les deux premiers tomes, restez en là,  ce dernier livre n'apportera absolument rien de plus à l'histoire ni à l'univers et vous vous éviterez de cruelles déceptions. 

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