dimanche 28 décembre 2025

La trilogie de la bibliothèque

Aujourd’hui on va parler de la Trilogie de la bibliothèque, de Mark Lawrence, la preuve qu’on peut aimer quelque chose même quand on lui trouve de nombreux défauts.

Avant de commencer 

Plus exactement, on va parler des deux premiers tomes de la trilogie pour une raison très simple : le troisième n’est pas encore sorti (du moins pas en français). Ayant déjà lu deux trilogies du même auteur (Le livre des anciens et Le livre des glaces, dont j’ai déjà parlé ici), je lui fais confiance pour ne pas effectuer un changement majeur de ton dans le troisième tome et ne pas rendre cette critique caduque.
 
Et avant de parler du récit je tiens à préciser une chose : les bouquins sont super chouettes en eux-mêmes. La couverture, rigide, est très jolie et la tranche des pages est décorée aussi, bref c’est des beaux bouquins (de loin les plus beaux de ma collection). Ceci dit, lorsque je suis allé à la librairie l’autre jour, j’ai vu plusieurs autres livres décorés un peu de la même façon, je me demande donc si c’est pas en train de devenir la mode. Dans le but de rendre les livres plus attractifs, peut être ? Certes, ça ne garanti en rien la qualité du contenu, mais vu que c’est la première fois que j’ai des bouquins aussi jolis je tenais à le souligner, d’autant que je trouve ça particulièrement approprié d’avoir des beaux livres pour une trilogie parlant d’une bibliothèque.

Le récit

Mais parlons du contenu plutôt que du contenant. La jeune Livira se retrouve à travailler au sein de la bibliothèque, un édifice géant (plus ou moins infini) découpé en salle de 3 kilomètres de large qui contient tout le savoir du monde et plus encore. Oui, c’est de la bonne bibliothèque. Au gré de ses pérégrinations dans les salles elle va faire la rencontre d’Evar, un jeune homme qui a passé toute sa vie enfermé dans une des salles de la bibliothèque avec ses frères et sœurs d’adoption. Tout ceci alors que la ville de Crath, où se trouve l’entrée de l’édifice, est sur le point d’être envahie par le peuple des sabbres. 
 
Ce que j’aime avec Mark Lawrence c’est qu’il propose des univers qui changent un peu de l’habituel. Dans le Livre des anciens et le Livre des glaces on avait droit à un monde agonisant, totalement piégé dans la glace à l’exception d’une bande de quelques dizaines de kilomètres au niveau de l’équateur qui restait réchauffée grâce à un dispositif orbital. Cette fois-ci on a droit à une bibliothèque magique avec des salles immenses et quelques autres particularités que je ne vais pas indiquer ici. Et autant le dire tout de suite, la quasi-totalité du récit se déroule à l’intérieur de la bibliothèque ou dans ses environs. Ça peut sembler restreint mais au final ça passe très bien, la bibliothèque étant suffisamment intéressante en elle-même.
 
Le récit fait évoluer en parallèle les récits de Livira et d’Evar, sautant de l’un à l’autre régulièrement, créant parfois du suspense de façon très artificielle. Par exemple, un chapitre va s’achever avec Livira en fâcheuse posture, et le chapitre d’après nous met en scène Evar qui découvre Livira qui, manifestement, va très bien, et elle va résumer en deux mots ce qu’il s’est passé entre la fin du chapitre précédent et celui-là. On se rend compte alors qu’il aurait suffit d’ajouter 2 pages au chapitre d’avant pour faire le lien, mais que l’auteur ne l’a pas fait juste pour finir son chapitre sur une sorte de cliffhanger à deux sous. Je trouve le procédé un peu grossier, d’autant qu’il s’en sert régulièrement (surtout dans le tome 1), mais c’est pas très gênant non plus.
 
En dehors de ce petit effet de style discutable, le récit est agréable à suivre. Tout d’abord il se concentre uniquement sur deux personnages (et un troisième dans le tome 2) donc il ne se disperse pas trop. Il y a tout de même pas mal de personnages secondaires, et il y en a un ou deux que j’avais tendance à oublier d’une fois à l’autre mais ça n’a jamais été trop problématique. Ensuite le récit est prenant, n’a jamais de longueur inutile (peut-être quelques dialogues un peu pompeux quand les personnages philosophent au sujet de la bibliothèque ?) et se suit sans difficulté. Enfin, la bibliothèque en elle-même est une curiosité qui aide à rendre le récit intéressant, même si au final c’est davantage par cet environnement inhabituel, découpé en zone carrées, que par les étrangetés qu’elle contient. Bien sûr que les étrangetés jouent aussi, mais plutôt sur le premier tome car on en découvre pas vraiment plus dans le deuxième, et il y avait sans doute matière à pousser le concept encore plus loin, notamment en proposant des salles beaucoup plus différentes les unes des autres (on a l’impression que ça va être le cas au début, mais au final c’est très peu exploité par la suite).
 
Je pense qu’il s’agit là de ma saga préférée de Mark Lawrence sur les trois que j’ai lues, car si j’ai bien aimé le Livre des anciens et le Livre des glaces, je n’ai pas spécialement envie de les relire alors que je relirai certainement cette trilogie là un jour.
 
J’ai cependant quelques petites choses à reprocher au niveau du récit, mais je vais être obligé de spoiler donc si vous ne voulez rien savoir, passez directement à la conclusion.

La partie divulgâchage, comme dirait l’Académie française

Les récits à base de voyage dans le temps c’est toujours casse gueule. Parce que oui, la bibliothèque contient des portails qui permettent d’aller à différentes époques et le récit s’en sert allègrement. S’il semble plutôt bien exploiter le concept en évitant les pièges au premier abord, si on se penche un peu dessus on voit que ce n’est pas le cas.
 
Déjà, c’est là aussi une ficelle scénaristique particulièrement épaisse. Elle permet notamment dans le premier tome de faire grandir Livira rapidement sans qu’Evar ne vieillisse, permettant de garder un mystère (qui n’en est pas un, hein, c’est cramé dès le début) sur la femme qu’il recherche et qui, bien sûr, n’est autre que Livira une fois qu’elle a pris quelques années. Et alors que les deux personnages pourraient très facilement se louper en utilisant les fameux portails temporels, à chaque fois ils s’y rendent pile au bon moment pour se croiser. L’auteur justifie ça en disant que l’endroit où sont connectés les portails est un lieu spécial qui fait en sorte que les gens arrivent à l’endroit et au moment où ils ont besoin d’être, mais ça fait vraiment «Ta gueule, c’est magique» comme excuse. Et au passage, le fait que le lieu en question change les perceptions des personnages pour s’adapter à leur vision du monde n’est là que pour permettre une autre révélation au cours du tome 1. Je suis un peu partagé sur la-dite révélation, car d’un côté l’auteur fait attention de ne pas vendre la mèche pendant la première moitié du bouquin (et ça je respecte), mais d’un autre côté cette propriété des portails n’est exploitée que pour cette révélation précise et est ensuite balancée à la poubelle et plus personne n’en parle jamais. Je comprends l’intérêt d’avoir voulu garder un mystère à ce niveau là, mais encore fois ça fait très «fait exprès» et c’est vraiment pas subtil comme procédé. 
 
Ensuite, le problème typique des récits à base de voyage dans le temps, c’est les paradoxes temporels. Et là c’est un peu chiant, car l’auteur a bien conscience de ce problème étant donné qu’au début il nous indique clairement que, lors d’un voyage dans le passé, les personnages ne peuvent pas interagir, seulement observer (ce qui évite les influences pouvant créer des paradoxes), sauf qu’il viole ensuite ce principe à deux occasions au moins. Alors certes, tel que c’est présenté dans le récit ça passe à peu près, mais si on y réfléchit deux secondes... ben ça contredit ce que le récit dit lui-même, en fait. Et ça m’emmerde, parce que même si ça ne m’a pas gêné en lisant, je sais que si je réfléchis un peu trop aux implications tout va s’écrouler, comme c’est toujours le cas dès qu’on introduit du voyage dans le temps quelque part. En fait, je pense que votre appréciation du récit va dépendre (au moins en partie) de votre capacité à faire abstraction des problèmes posés par les paradoxes temporels, en sachant qu’ici ça passe quand même relativement bien (d’habitude j’aime pas du tout les trucs à base de voyage dans le temps justement à cause de ce genre de problèmes, mais ici ça me gêne pas plus que ça car j’arrive à me concentrer sur le reste).
 
Dernier problème des portails temporels : ça rend parfois le récit un peu confus au niveau de la temporalité, justement. Pas trop dans le premier tome, ça reste assez clair, mais c’est déjà moins le cas dans le deuxième. Mais là encore c’est pas trop gênant, on arrive à se repérer au bout du compte même si on a pas toujours une idée bien précise du temps qui s’est écoulé.
 
Pour terminer ces reproches de section spoiler, je dirais que l’enjeu principal du récit (la vision opposée des deux créateurs de la bibliothèque, est-ce qu’il faut la conserver ou la détruire) ne me semble pas être l’enjeu principal, justement. Globalement, les personnages passent deux tomes complets à se tirer des divers ennuis dans lesquels ils tombent, mais on parle assez peu du dilemme de l’existence de la bibliothèque. Enfin, si, on en parle bien sûr, mais c’est plus en toile de fond qu’autre chose, ça n’est jamais vraiment sur le devant de la scène... jusqu’à la toute fin du deuxième tome où là, subitement, les personnages doivent choisir un camp. Sauf que, avant ce moment là (et même pendant, d’ailleurs), je n’ai jamais eu la sensation que c’était franchement leur problème (à part pour un personnage secondaire qui s’y consacre entièrement depuis le début, mais c’est vraiment le seul). J’ai un peu l’impression que l’auteur a voulu nous remettre soudainement sur le chemin après s’être lui-même égaré pendant deux tomes. Et puis, tant qu’à faire, il en profite pour séparer à nouveau les personnages en les mettant dans des camps différents, mais de façon hyper forcée (l’un des deux personnages principaux est même inconscient à ce moment là et c’est quelqu’un d’autre qui l’entraîne, c’est dire). Là encore ça fait très artificiel comme procédé, parce que vous comprenez il ne faudrait pas que les deux personnages qui essayent d’être ensemble depuis le début ne parviennent à l’être avant la toute fin de la trilogie, ben non voyons ! 

Conclusion

Le récit n’est pas parfait, il contient notamment quelques procédés d’écriture un peu grossiers et des ficelles scénaristiques parfois bien épaisses, mais j’arrive à les lui pardonner car à côté de ça il présente un univers intéressant et un peu original (mais sans doute pas autant qu’il aurait pu l’être), des personnages principaux attachants (les secondaires sont beaucoup plus effacés par contre) et une histoire qui se déroule bien sans nous ennuyer. J’ai bien conscience d’avoir fait pas mal de reproches au récit (notamment dans la section spoiler) et peut être que je suis trop indulgent avec lui, mais c’est comme ça. J’ai beau avoir conscience des défauts, j’ai beaucoup aimé ces deux premiers tomes malgré tout et je lirai volontiers le troisième lorsqu’il sortira. Est-ce que je vous recommande cette saga ? Si vous vous pensez capable de pardonner des procédés narratifs un peu grossiers et quelques TGCM occasionnels, alors oui car le récit qui entoure ces défauts reste prenant et l’ambiance intéressante. Dans le cas contraire, il vaudrait peut-être mieux vous abstenir.

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