Le résumé sur la quatrième de couverture n'est pas toujours une bonne indication du contenu du livre : parfois il se révèle plus intéressant qu'on ne le pensait, et des fois c'est le contraire. Alchemised de SenLinYu tombe dans la deuxième catégorie.
Je me suis fait avoir. Lorsqu'on lit le résumé au dos du bouquin on y voit des mentions de guildes, d'alchimistes et de nécromanciens, je me suis donc attendu à ce que ça soit du médiéval fantastique. Hé ben non, on a un univers avec une technologie suffisamment avancée pour avoir des camions, des bombes et des caissons de cryogénisation (mais où les gens se battent encore avec des épées, on se croirait dans un Final fantasy). Autant dire que mon enthousiasme en a pris un coup d'entrée de jeu, même si là c'est vraiment une question de goût et ce genre d'univers pourra peut-être vous plaire.
Mais avant de parler davantage du fond, juste un mot sur la forme. Je crois que je n'ai jamais lu un bouquin avec autant de fautes de frappes à l'intérieur. Alors d'accord le machin fait un peu plus de 900 pages, mais j'ai bien dû relever pas loin d'une dizaine d'erreurs : lettres et trop ou manquantes, erreur dans le nom d'un personnage et surtout un magnifique «ETT» planté sans aucune raison en plein milieu d'une phrase. Ça aurait mérité une relecture supplémentaire, et ça fait franchement pas très sérieux.
Revenons au récit maintenant, qui est assez simple à résumer. Le petit état de Paladia a été conquis par les nécromanciens et l'héroïne, Helena, qui faisait partie de la résistance, se retrouve captive à l'issue de la guerre. Une bonne portion de sa mémoire ayant été occultée par magie (le récit parle toujours d'alchimie, mais soyons clair c'est juste de la magie, point), le chef des nécromanciens la soupçonne de détenir des informations importantes au sujet de la résistance (dont il semble rester un tout petit noyau actif). Il la confie donc à son Haut Préfet en le chargeant de percer la brume qui occulte ses souvenirs.
Le récit est donc découpé en trois sections bien distinctes : la captivité d'Helena pendant qu'elle essaye de retrouver la mémoire, un immense flashback qui raconte ce qu'il s'est passé pendant la guerre lorsqu'elle retrouve ses souvenirs, et enfin un retour au présent avec ce qu'il lui arrive une fois la mémoire retrouvée. La seconde partie est de loin la plus conséquente, le reste n'étant au final quasiment que de l'enrobage.
Là encore, vous vous dites peut-être : «Le récit des actes d'une résistante pendant une guerre contre des nécromanciens, ça doit être vachement haletant !». Non non, vraiment pas. Ce bouquin n'est pas un récit de guérilla contre la nécromancie, c'est une histoire d'amour (oui, encore, je vais vraiment finir par penser que c'est un pré-requis pour être une autrice de fantaisie...). C'est pas évident au début, j'ai eu l'espoir que ça soit plus intéressant que ça, mais une fois qu'on entre dans la deuxième partie ça devient assez vite évident.
Alors oui, Helena fait bien partie de la résistance contre les nécromanciens, mais elle n'est pas de ceux qui vont en première ligne. Non, elle est un simple agent de liaison, si bien que toute la partie action se passe sans elle. Elle n'agit quasiment jamais, elle se contente de transmettre les informations. Il n'y a qu'une seule et unique séquence où l'héroïne prend vraiment part à l'action dans tout le bouquin. L'objectif du récit n'est pas de nous raconter comment le grand méchant est vaincu, mais comment Helena tombe amoureuse. J'en veux pour preuve que la chute des nécromanciens et la mort du grand méchant se fait «hors champ» : on a juste quelques lignes qui nous disent «Ben voila, il est mort», et c'est tout (oui, la fin est aussi molle que vite expédiée). Certes les actes de l'héroïne ont contribué à cette chute, mais elle n'y a pas assisté ; tout est finalement balayé d'un revers de main par l'autrice, parce que ce n'est pas l'objectif du récit. En vérité, la troisième partie du récit ne sert pratiquement à rien à ce niveau là, c'est plus un très long épilogue qu'autre chose. Et soyons clair, c'est pas forcément un mal : ça change un peu de suivre quelqu'un qui agit plutôt dans l'ombre qu'en allant confronter directement les méchants, mais il vaut mieux le savoir avant de se lancer dans un bouquin de 900 et quelques pages.
Le récit n'a pas grand chose à offrir en dehors de l'histoire d'amour, et le résumé est même plutôt mensonger sur le contenu. En effet, en lisant le résumé ainsi que la première partie du livre, on a l'impression que le mystère sur les souvenirs manquants d'Helena vont être le principal enjeu, sauf que dès qu'on entre dans la deuxième partie l'objet du mystère en question devient très vite évident et on se dit «Quoi ? C'est juste ça ?». Franchement, on pourrait totalement se passer de la première partie et commencer directement par la deuxième sans que ça ne change grand chose, la première partie est juste là pour créer un mystère de façon très artificielle et faire croire au lecteur qu'il va avoir quelque chose de vraiment intéressant à se mettre sous la dent. La première partie est donc de la poudre aux yeux, et la troisième n'apporte quasiment plus rien au récit, elle est juste là pour nous dire que finalement tout se termine bien pour nos personnages principaux. Seule la partie centrale présente donc un intérêt, mais même là c'est pas fantastique. L'héroïne passe son temps à faire des aller-retours entre deux personnages pour porter des informations, ce qui, encore une fois, n'est qu'un prétexte pour développer la romance derrière. L'autrice arrive tout de même à faire en sorte que ça ne soit pas trop chiant (je ne vais pas dire que je me suis ennuyé en lisant, ça serait mentir), mais c'est pas bien passionnant non plus.
Du côté de l'univers c'est un peu pareil : ça a l'air intéressant au début (mis à part le niveau technologique qui a tendance à me rebuter), mais au final pas tant que ça. Le truc c'est que toute la première partie et quasiment toute la troisième se déroulent en un lieu unique (la résidence du Haut Préfet), tandis que la seconde alterne globalement entre deux ou trois lieux situés dans la même ville. On en a donc très vite fait le tour : il y a des alchimistes (des magiciens, hein, moi quand on me dit «alchimiste» je pense à des types qui font des potions et des expériences bizarres avec des flacons, là c'est juste de la magie), des nécromanciens (qui sont juste une catégorie spécifique d'alchimistes), et ils se battent pour le pays de Paladia qui est gouverné par une espèce de théocratie (d'ailleurs, l'autrice en profite pour mettre un ou deux taquets au concept de religion, ce qui n'était pas pour me déplaire). Voila, je vous ai globalement résumé l'intégralité de l'univers du bouquin. L'autrice essaye bien d'ajouter de la profondeur ici et là, notamment en rajoutant des termes technico-magiques lorsque les personnages parlent d'alchimie, mais ça ne va vraiment pas très loin et c'est très anecdotique.
Le seul point où le livre s'en sort bien au final c'est sur les personnages, notamment le personnage principal qui est assez attachant. Et heureusement, j'ai envie de dire, puisque tout le récit se concentre sur elle (bien que la narration soit à la troisième personne, tout est raconté de son point de vue). Le nombre de personnages est assez restreint, ce qui n'est pas plus mal puisque ça permet de mieux s'y attacher. La plupart sont cependant assez unidimensionnels avec un trait caractéristique et c'est tout. L'avantage, c'est qu'ils sont assez facilement identifiables et on retient bien qui est qui.
Est-ce que j'ai apprécié la lecture d'Alchemised ? Humpf, bof. Je ne me suis pas ennuyé, je n'ai pas eu à me forcer pour terminer le bouquin comme pour les Larmes de la mort par exemple, mais je n'ai jamais été vraiment captivé non plus. Mon plus gros reproche est qu'il est assez malhonnête sur ce qu'il propose, vendant du mystère et un conflit entre deux factions alors qu'au final la teneur du mystère est rapidement dévoilée et le conflit n'est là que pour servir de toile de fond à une romance qui est le véritable cœur du récit. On pourrait également retirer la première et la dernière partie sans que ça ne change grand chose (tous les actes qui importent vraiment sur le dénouement se trouvent en vérité dans la partie centrale, le reste c'est juste de l'enrobage), contribuant à donner l'impression que le livre est trop long pour ce qu'il a à offrir, quand bien même l'autrice arrive à faire passer la pilule je ne sais trop comment. En fait, j'ai l'impression que le potentiel du livre est gâché. L'univers pouvait être intéressant mais l'autrice n'en fait finalement pas grand chose, le mystère qu'on nous vend dans la première partie devient vite évident lorsqu'on arrive au milieu du bouquin et est plutôt décevant (au passage, on essaye de nous vendre aussi un mystère autour de la baraque du Haut Préfet, mais en fait non, pas du tout), et la majeure partie du conflit contre les nécromanciens se passe sans nous. C'est bien d'avoir imaginé tout ça, mais... juste pour une histoire d'amour à la con ? Y'avait moyen d'en faire quelque chose de plus intéressant et palpitant que ça...
Au final, si vous voulez un récit avec de l'action alors passez votre chemin, ce n'est vraiment pas l'objectif ici. Si vous cherchez un mystère prenant et bien ficelé, c'est pas le cas non plus malgré ce que le livre a l'air de promettre. Si vous voulez le récit d'une lutte contre un grand méchant maléfique, y'a un peu de ça mais c'est pas le propos principal et vous risquez d'être très déçu par la fin qui est évacuée en trois lignes. En revanche, si vous cherchez une histoire d'amour sur fond de guerre et de résistance contre l'envahisseur avec un peu de magie au milieu, dans un univers plutôt terne et pas aussi intéressant qu'il en a l'air, alors foncez, ça devrait vous plaire.

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