Après deux romances plus ou moins insipides déguisées en romans de fantaisie, ça fait du bien de revenir à quelque chose d’un peu plus honnête et intéressant (le livre existe bien en français, j’ai simplement pas trouvé d’image de la couverture en VF...).
La rage des dragons, de Evan Winter, est le premier (et pour l’instant unique) tome de la saga du Brasier.
Le jeune Tau fait partie du peuple des oméhis qui est en guerre constante contre les hordes de sauvages xiddéens depuis des décennies. Cet état de conflit permanent fait que servir dans l’armée est le principal moyen de gravir les échelons dans la société. Si Tau comptait faire en sorte d’éviter son «service militaire», il change d’avis lorsque son père est assassiné par des nobles. Tau se met alors en tête de devenir un combattant redoutable afin de pouvoir le venger.
Commençons par parler de l’univers, car pour le coup il y a des choses à dire étant donné qu’il est assez dépaysant. Tout d’abord, il foisonne de termes qui lui sont propres et qui ont des sonorités inhabituelles, tels que indlovu, imbusi, ihashé, umqondisi ou encore aqondisé. Ça peut faire peur au début, mais étant donné que ces termes sont très souvent utilisés on s’y retrouve assez vite sans avoir besoin de recourir constamment au lexique se trouvant à la fin du livre (pour être franc, je n’ai jamais eu besoin de m’y référer de toute ma lecture). Et au pire, même si on ne sait plus exactement ce que le terme veut dire, le contexte est suffisant pour comprendre en gros sa signification.
Autre particularité, la magie. Elle est l’apanage des femmes oméhies et ne permet de faire que quelques «sorts» spécifiques : épuiser des adversaires pour qu’ils soient incapables de se battre, rendre une personne plus grande et plus forte et lui accorder des capacités régénératives, et enfin appeler un dragon pour qu’il fasse tout cramer (il y a peut-être quelques autres pouvoirs cités, mais ce sont ces 3 là qui sont réellement utilisés dans le récit). On peut également y ajouter Isihogo, le monde des démons, qui est une sorte de monde parallèle auquel la magie est liée.
Enfin, vous l’aurez peut-être senti, mais le récit est pas mal imprégné de la culture africaine, ce qui est relativement inhabituel. Bref, l’univers du livre est vraiment intéressant et change un peu de ce à quoi on est habitué. Ça fait donc un premier bon point.
Deuxième bon point, les personnages. Ils sont en nombre raisonnable et ont tous au moins un trait de personnalité qui les rendent facilement identifiables. Les personnages sont attachants, même si j’hésite à les qualifier de sympathiques, en particulier le personnage principal. En effet, Tau n’est pas quelqu’un de particulièrement sympa, il est surtout déterminé et obstiné, voire même carrément borné par moments. N’allez pas penser que je n’apprécie pas le personnage, loin de là, mais force est de constater que «sympathique» n’est pas l’adjectif qui le caractérise le mieux.
Troisième bon point, le récit. D’abord, il se concentre quasi-exclusivement sur Tau, ne suivant d’autres personnages qu’en de très rares occasions. Mais surtout, l’histoire empile plusieurs couches différentes. L’élément principal pendant une bonne partie du récit est l’entraînement martial de Tau dans le but d’accomplir sa vengeance, mais en parallèle de cela il y a l’évolution de la guerre contre les xiddéens, le tout sur un fond de lutte des classe. En effet, la société oméhie est divisée en castes strictes, Tau faisant partie d’une des castes les plus basses. Et là aussi il y a un petit élément original : si les castes sont souvent parfaitement arbitraires et sans réelle justification tangible (que ce soit dans la fiction ou la vraie vie), ici il y a une véritable différence entre la caste des inférieurs et celle des nobles : les nobles sont physiquement plus grands, plus forts et plus rapides que les inférieurs. En plus de sa vengeance, Tau cherche donc à prouver que, malgré le désavantage inné des inférieurs, ces derniers valent mieux que ce qu’en pensent la plupart des nobles et sont capables de les égaler, voire de les surpasser.
Histoire de guerre et de vengeance oblige, le récit offre pas mal d’action et de combats sans que ces derniers ne soient trop longs ou redondants. Cela ne l’empêche pas de très bien s’en tirer dans les passages plus calme également, parvenant à garder notre attention grâce à son intrigue simple mais efficace.
Quant aux mauvais points... ben franchement je sais pas. Là comme ça je ne vois rien de particulier à reprocher au livre. C’était vraiment prenant du début à la fin, c’est tout. Aller, si vraiment on veut pinailler, je dirais que le héros fait un peu tête de con par moments, mais c’est presque de la mauvaise foi de dire que c’est un défaut. A la limite, une petite chose qu’on peut reprocher est que le protagoniste fait un peu trop surhumain sur la fin mais le récit y apporte une certaine justification et ça fait aussi partie du propos, le fait qu’il cherche à se dépasser pour devenir meilleur que ceux qui ont pourtant un avantage inné sur lui, donc bon...
Bien que cela ne garantisse en rien la qualité des prochains tomes, force est d’admettre que cette saga démarre très fort. L’univers est à la fois intéressant et dépaysant, les personnages attachants et le récit est prenant, parvenant parfaitement à éviter les longueurs bien qu’une bonne partie de l’histoire se déroule dans la caserne où Tau suit son entraînement. Bref, je vous recommande sans hésitation de lire La rage des dragons, c’était franchement chouette.

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