vendredi 20 février 2026

L'empire des monstres (tome 1)

Est-ce que c'est moi qui choisit très mal mes livres en ce moment ou c'est devenu la mode d'essayer d'arnaquer le lecteur en faisant des promesses que le livre n'a pas l'intention de tenir ? Les romans se sont mis à la politique ? On va parler de «L'arène», le premier tome de l'Empire des monstres d'Orlane Gray.

Encore un livre écrit par une autrice qui essaye de transformer un truc intéressant en romance insipide, je commence à en avoir sérieusement marre. C'est quoi cette mode à la con ? C'est pas le pire des trois que j'ai lu récemment, certes (difficile de faire plus naze que Les larmes de la mort), et au moins il a le mérite de ne pas être trop long, mais on est encore face à un potentiel gâché.

Comme pour Alchemised je me sens obligé de parler du livre lui-même avant d'évoquer le récit. En effet, le livre est déjà d'un gabarit un peu plus petit que la plupart (sans être au format poche non plus) et il utilise du papier plutôt épais si bien que même s'il ne compte que 400 pages, on a l'impression qu'il en a 200 de plus (c'est peut-être juste moi qui estime mal, mais c'est vraiment un truc qui m'a frappé quand j'ai commencé le livre). Si j'étais mauvaise langue je soupçonnerais l'éditeur d'avoir voulu gonfler artificiellement la taille du bouquin pour essayer de mieux le vendre et pour masquer le fait que le récit ne contient pas grand chose.

La seconde arnaque vient du titre et du résumé. Rien qu'avec le titre, «L'arène», vous vous attendez sans doute à une histoire de gladiateur (gladiatrice en l'occurrence, c'est une héroïne). Et si c'est pas le cas, le résumé est là pour vous mettre sur la voie puisqu'il mentionne bien que la protagoniste se retrouve obligée de combattre dans une arène. Partant de là, je m'attendais à quelque chose ressemblant au deuxième tome de la saga Nevernight, un récit racontant comment l'héroïne arrive à se sortir de l'arène envers et contre tout. Hé ben non, perdu ! Si l'héroïne se retrouve effectivement contrainte de combattre dans la-dite arène, ça ne dure qu'un petit chapitre ; elle fait un unique combat (vite expédié, en plus) et c'est tout ! En vérité, l'arène est complètement anecdotique dans le récit, c'est juste une péripétie comme une autre, et pas particulièrement marquante qui plus est. C'est un peu comme si le premier tome de la saga Harry Potter s'appelait «Le zoo» juste parce que Harry va y faire un tour avec les Dursley au début.

Quoi ? Tu t'attendais à un récit avec de l'action, des combats et tout et tout ? Holala non mon bon monsieur, c'est vraiment pas le propos ! C'est... allez, devinez ? C'est quoi comme récit au final, hum ? C'est... une histoire d'amour, bien sûr ! Bon je l'avais déjà dit un peu plus haut, certes. Et encore, même là c'est de l'arnaque. Mais avant de vous expliquer pourquoi, je vais quand même vous résumer vite fait de quoi parle le bouquin.

Rya (Ryakhina de son prénom complet) est une jeune princesse de l'empire d'Oska qui se retrouve obligée de fuir suite au coup d'état du général Pogodine qui massacre toute sa famille pour devenir empereur. Avec l'aide d'un soldat loyal elle se réfugie dans l'empire voisin. Des années plus tard, devenue une jeune femme, elle se fait capturer après avoir perpétré un cambriolage dans les appartement du tsar (le souverain de l'empire où elle s'est réfugiée). Pour effacer sa dette et recouvrer sa liberté, elle se retrouve contrainte de coucher avec le tsar tout en essayant de lui concocter une potion pour le délivrer de sa malédiction.

Croyez le ou non, même s'il s'agit là du début du livre, je vous ai quasiment résumé l'intégralité du récit (c’est vous dire s’il a des choses à raconter...). Vous aurez remarqué que je n'ai pas prononcé une seule fois le mot «arène» dans ce résumé, c'est volontaire de ma part pour bien vous montrer à quel point elle ne sert vraiment à rien dans cette affaire.

Parlons maintenant des deux protagonistes (et quasiment deux seuls personnages du récit, les autres font vraiment de la figuration et ne méritent même pas d’être mentionnés), à savoir Rya (ou Cicia comme elle se fait appeler) et le tsar Aleksander (oui, c'est très russophone au niveau des noms dans ce livre). On va commencer par le moins intéressant des deux (qui est aussi le gros point faible du récit), le tsar. Il n'est défini que par une seule chose, sa malédiction qui l'empêche de ressentir quoi que ce soit (ni émotion, ni douleur, ni envie, ni rien). C'est déjà pas très crédible en soi, mais ça ne s'arrange pas lorsqu'on apprend l’unique exception de cette malédiction : le seul moment où il est capable de ressentir des choses c'est lorsque... il fait jouir une femme... .... ... (vous avez vu, je mets des «...» pour montrer à quel point je trouve ça stupide) ... ... ... ... C'est quand même hyper spécifique comme malédiction hein, on dirait presque que c'est fait exprès dis donc (et évidemment on nous précise qu'il a une grosse bite, tant qu'à faire). L'autrice essaye bien de donner une justification à cette bizarrerie à un moment, mais c'est franchement pas convaincant et ça sonne plus comme une excuse qu'elle a trouvé a posteriori en se disant «Allez, ça fera l'affaire». Et cette malédiction est vraiment la seule et unique chose qui caractérise le personnage (et le fait que c’est un connard manipulateur, mais comme la malédiction lui sert d’excuse à son comportement, ben au final ça se résume à la malédiction toute seule). Le problème, c'est que je n'y crois pas une seconde. Outre sa «faiblesse» que je trouve ridicule (et sacrément bien tombée hein), le principe même de la malédiction ne tient pas debout car le personnage ne se comporte pas du tout comme quelqu'un qui ne ressent rien, ne serait-ce que parce qu'il VEUT se débarrasser de sa malédiction. Je répète pour vous montrer à quel point c'est con à la base : le personnage est censé ne rien ressentir, ni désir, ni émotion, ni douleur ni rien, et pourtant il désire se débarrasser de la malédiction parce qu'il en a marre de ne rien ressentir (on peut même dire qu'il en souffre). Est-ce que ça ne vous semble pas un tantinet contradictoire ? Le principe même de la malédiction devrait faire qu’il ne ressent aucune gêne vis à vis de cette dernière ni l’envie de s’en débarrasser, or c’est exactement ce qui motive le personnage pendant tout le récit. En vérité, il ne devrait éprouver aucun désir de quoi que ce soit et n’être donc qu’une grosse larve amorphe (en fait il ne devrait même pas être en vie), mais c’est loin d’être le cas. L'autrice nous dit que ce ne sont pas vraiment des désirs qui l’animent, juste des instincts primaux, mais vouloir conquérir l’empire voisin moi j’appelle pas ça un instinct. Il a aussi un désir sexuel envers Rya (ça à la limite on pourrait considérer que c’est un instinct et encore je suis sûr que c’est discutable), sauf qu’il ne veut pas juste coucher avec elle, il veut qu’elle le fasse de son plein gré, ce qui n’a plus rien à voir avec l’instinct. Je suis navré madame l’autrice, mais si votre personnage était uniquement animé par ces fameux «instincts primaires» sans ressentir d’émotion (ce que vous passez votre temps à nous rappeler, par exemple pour expliquer qu’il n’a aucun problème à tuer des gens de sang froid), il violerait l’héroïne et puis c’est tout. Mais je suppose qu’un viol rendrait un peu trop évident le fait que c’est juste un trou du cul et ça serait encore plus dur de justifier ensuite que l’héroïne puisse l’apprécier, alors vous avez inventé cette histoire à la con de «il doit faire jouir une femme pour ressentir quelque chose» pour expliquer qu’il ne la viole pas après vous êtes rendue compte que votre idée de malédiction était quand même sacrément nulle et problématique. Bref, je pense avoir suffisamment développé sur ce sujet pour vous faire comprendre à quel point cette histoire de malédiction est complétement stupide et ne fonctionne pas du tout, elle est là juste pour essayer d’excuser le comportement de merde du personnage ; ça peut faire illusion en surface, mais si on y réfléchit plus de 3 secondes on voit que ça ne tient pas debout. Voila donc la moitié des personnages notables du récit qui s’effondre sous le poids de sa débilité.

Venons en à la protagoniste maintenant, qui est déjà plus intéressante que l'autre trou de balle. C'est donc une princesse en fuite qui se retrouve à faire des choses qu'elle n'a pas envie de faire pour survivre et, potentiellement, récupérer son empire (même si ça c’est plutôt l’objet des autres tomes apparemment). C'est également une sorcière, ou plutôt une alchimiste (une vraie, contrairement aux alchimistes de Alchemised qui sont plutôt des magiciens, bref...) puisque son pouvoir consiste à créer des potions produisant des effets surnaturels sur celui qui les boit. Et, enfin, elle a une histoire de manipulation affective par son frère lorsqu'elle était petite qui lui a laissé quelques séquelles mentales. Sur le papier c'est un personnage plutôt intéressant, malheureusement le tout est assez mal exploité. Les souvenirs de sa relation avec son frère reviennent régulièrement pendant une bonne partie du livre pour ensuite disparaître soudainement sans que ça n'ai servit à grand chose. Quant à sa capacité à fabriquer des potions, elle n'est vraiment utilisée qu'à deux moments seulement (enfin trois en vérité, mais les deux premières fois sont assez proches dans le récit). C'est même assez décevant en dehors de ça, car la première fois qu'elle utilise ses potions on nous explique qu'il y a des effets secondaires importants, ce qui rend le truc intéressant justement ; on se dit que, par la suite, elle utilisera plusieurs fois ses potions en devant gérer les-dits effets secondaires, ce qui pourra ajouter de la tension. Hé ben non, pas du tout. Déjà elle ne le fait qu'une seule autre fois, et à ce moment là les effets secondaires ne sont même pas mentionnés.

Si je résume jusqu'ici, on a une promesse d'intrigue se passant autour d'une arène qui n'est pas tenue, un personnage avec une malédiction stupide qui ne se comporte pas du tout comme il le devrait, une histoire de vieille manipulation affective qui ne mène à rien et des pouvoirs d'alchimiste (l'élément qui a le plus retenu mon attention) qui sont au final très peu utilisés et dont les conséquences (qui sont pour beaucoup dans l'intérêt de la chose) ne sont gérées que lorsque ça arrange l'autrice. Ça fait quand même beaucoup de déceptions. Et si vous espérez encore vous raccrocher aux branches grâce à l'histoire d'amour, laissez moi anéantir vos espoirs tout de suite.

L'histoire d'amour n'en est pas une. Point. Je rappelle que l'un des deux protagonistes est censé ne rien ressentir (même si on a vu que c'était pas vraiment le cas, mais bon, faisons comme si), et l'autre n'est avec lui que parce qu'elle y est contrainte. Ce n'est pas une histoire d'amour, c'est une affaire de manipulation et de faveurs (sexuelles ou non) accordées dans le but d'obtenir quelque chose de l'autre. Et pourtant, l'autrice essaye quand même à la fin de transformer ça en histoire d'amour tragique en nous collant un «Non mais si en fait !» sorti tout droit de son fondement. Sauf que ça marche pas, mais alors pas du tout. C'est absolument pas crédible et ça fait hyper forcé. Je ne crois pas une seconde que Rya ai pu tomber amoureuse de l'autre connard, y'a vraiment rien pour le justifier. Je veux dire, oui effectivement le tsar fait deux ou trois choses dans le récit pour faire en sorte qu’elle se sente bien et tout, sauf que c’est juste pour la manipuler... et l’héroïne le sait parfaitement ! Et même si c’était pas le cas, je trouve que c’est loin d’être suffisant pour justifier un «Je t’aime». Elle a beau nous dire que même si Rya couche avec lui par résignation et pour qu'il lui foute la paix elle éprouve quand même du désir, moi j'y crois pas, ça fait vraiment trop artificiel (et quand bien même, il ne faudrait pas confondre désir sexuel et sentiment amoureux, c'est pas franchement la même chose).

Que reste-t-il au final ? Hé bien pas grand chose, encore une fois le livre n’est pas aussi long qu’il en a l’air et vu qu’il passe son temps à balancer des idées dans tous les sens sans vraiment les exploiter derrière, il n’y a quasiment rien à en retenir. Tenez, un autre exemple assez parlant qui me revient en écrivant l’article (oui c’est un spoiler, mais franchement ça n’aura aucun impact sur votre lecture tellement c’est anecdotique) : à un moment Rya est victime d’une tentative d’assassinat en pleine rue. C’est un événement qui devrait être important et qui devrait ensuite avoir des conséquences dans le reste du récit, mais non ! Un type essaye de l’assassiner, il échoue, il s’enfuit, fin. On en reparle plus du tout dans le reste du bouquin, on ne saura pas qui était ce type ni pourquoi il a tenté de la tuer. L’autrice a balancé cette idée comme ça pour faire une péripétie mais n’avais rien à développer derrière et a donc bazardé le truc à la poubelle. On pourrait retirer sans mal ce passage du livre sans que ça change quoi que ce soit sur le reste. J’avais vraiment complètement oublié cette péripétie, ça m’est revenu en cherchant un peu ce qu’il pouvait se passer d’intéressant (pas grand chose, donc).

Au final, qu'est-ce que j'ai pensé de ce premier tome de la saga ? Au début il commence franchement pas si mal, avec le cambriolage des appartements du tsar, l'usage des potions par l'héroïne, sa capture, son combat dans l'arène (qui est nul, hein, mais à ce moment là j'avais l'espoir que ça soit juste le premier et non pas le dernier), bref les premiers chapitres sont franchement prometteurs. Après, ça n'est qu'une série de déceptions car l'autrice abandonne tout ce qui pouvait être intéressant dans son livre pour, une fois encore, se concentrer sur la relation entre Rya et le tsar. Sauf que cette relation n'a rien de très passionnant ni de très crédible malgré les efforts de l'autrice pour essayer de nous faire croire que c'est une histoire d'amour (et encore, ses efforts... ça consiste principalement à balancer un «ah au fait, elle est amoureuse !» dans les dernière pages, en dehors de ça, bof...). Elle essaye aussi de maintenir notre attention avec les troubles psychologiques de Rya, la malédiction du tsar (je vous ai dit que c’était l’élément le plus con du roman ?), les intrigues avec le général Pogodine (celui qui a tué la famille de Rya), mais c'est soit survolé, soit pas très bien fait, soit stupide, soit ne mène à rien de concret. L'autrice a essayé de mettre plein de choses dans son histoire mais c'est jamais bien traité ni exploité (quand c'est pas juste abandonné au détour d'un chapitre comme cette foutue arène qui est le titre du bouquin, je le rappelle au cas où, comme l’autrice, vous l’auriez oublié).

Un peu comme Alchemised, je n'ai pas spécialement eu à me forcer pour finir le bouquin, mais passé les premiers chapitres (qui sont vraiment les plus intéressants) il a peiné à réellement retenir mon attention. Je pense que si j'ai persévéré c'est parce que j'ai conservé jusqu'au bout l'espoir que le livre tienne quelques unes de ses promesses, au moins l'usage des potions par exemple (l'arène j'ai vite compris qu'il fallait l'oublier) histoire de retrouver un peu l'intérêt des premiers chapitres. Le fait qu'il soit court joue aussi en sa faveur pour le coup, sans doute que s'il avait fait 900 pages lui aussi j'en aurais eu marre avant la fin. Le livre n'a pas grand chose à raconter malgré ses belles promesses et je comprend que l'éditeur ai essayé de lui donner un peu d'épaisseur (au sens propre à défaut de pouvoir le faire au sens figuré). C'est très moyennement moyen. C'est pas nullissime, mais c'est pas bien palpitant non plus. Enfin... ça c’est ce que j’avais écris en premier lieu. Sauf que le simple fait d’écrire cet article, de mettre ce que j’en ai pensé à plat, m’a forcé à revoir les choses dans leur globalité et à revoir mon opinion à la baisse. Je vais donc reformuler cette conclusion. Si on lit ce livre le soir avant de se coucher (ce qui est mon cas) sans trop réfléchir à ce qu’il raconte, ça passe (c’est pas génial ni palpitant, mais on va dire que ça se lit). En revanche, dès qu’on gratte un peu on se rend compte que ce livre est comme un politicien : il nous fait constamment de belles promesses pour nous garder auprès de lui mais n’en tient au final jamais aucune ; et de toutes façon, si on y réfléchit bien, on se rend compte que ce qu’il dit est souvent stupide (je vous ai parlé de la malédiction du tsar ?). Je me posais la question de savoir si j’allais tout de même laisser une chance au deuxième tome, car le premier se termine avec la promesse qu’il racontera quelque chose de plus intéressant. Le problème c’est que je ne fais absolument pas confiance aux politiciens et que mon opinion du premier tome vient de chuter encore maintenant que j’ai pu me poser pour y réfléchir. Je pense donc que je ne m’y risquerai pas, sauf si je me sens d’humeur très généreuse et que je ne trouve rien de mieux à me mettre sous la dent.

Mais indépendamment de mon opinion sur le livre (et de votre opinion sur mon opinion), soyez tout de même avertis que le titre et le résumé sont franchement mensongers et préparez vous à être déçu si vous vous attendez à un livre avec de l'action, des combats, de la magie/alchimie et autres : c'est vrai au début pour appâter, mais ensuite tout cela disparaît pour nous laisser avec une relation chelou entre l'héroïne et un trou du cul. Retenez au moins ça avant de vous procurer le roman, ça pourra vous éviter quelques désillusions.

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